Le réalisme
L'attrait de l'écriture m'a de tous temps fasciné à l'excès, et surtout la velléité d'avoir mon nom marqué sur un bout de papier. Je regardais depuis longtemps des paysages brumeux pour faire surgir en mon crâne des mondes oniriques et splendides, mais poisse, seul le mur de la page blanche me venait. Je faisais alors de longues promenades dans ces paysages brumeux, mais l'esprit demeurait fidèle à lui-même, éteint. C'était une fois dans des montagnes hallucinées que je me tenais, sur les hauteurs neigeuses et hostiles, parmi des arbres squelettiques et des nuées bleues. Mais je regardais à mes pieds, boudant le paysage merveilleux, pestant contre le manque d'oxygène et le vertige. Je ne voyais jamais comme cet environnement pouvait faire sortir l'imaginaire de sa lampe. Je suais à grosses gouttes en gravissant les escarpements, et quand je parvins au sommet, la seule perspective qui m'enchanta était de pouvoir rentrer, enfin. De retour à la table de travail, je séchais méchamment, même alors qu'un vampire brumeux, un sabbat de sorcières et une horde de fantômes tentaient en vain d'attirer mon attention en poussant des gémissements lugubres. Non, il me fallait un sujet réaliste, quelque chose qui puisse mettre en relief une réalité dépassant la fiction, ce n'était pas avec ces petits déboires fantastiques que je pourrais décrire avec perspicacité et efficacité les tourments de l'âme humaine, qui m’émouvaient aussi peu qu'ils m'inspiraient. Je tenais mon stylo en l'air, patientant pendant une éternité en attendant que l'inspiration vienne.